La Réunion (1882-1960), Histoire économique

A) Quatrième de couverture :

La dénonciation par l'Angleterre de l'accord de 1861 autorisant le libre recrutement d'engagés en Inde déclencha, à partir de 1882, une crise de main-d'œuvre qui obligea planteurs et sucriers à transformer l'organisation sociale de la production en remplaçant le salariat contraint par le colonage. Cette stratégie permit de fixer dans l'île une partie des engagés, mais non d'atténuer la pénurie de bras. La crise, amorcée en 1865, se poursuivit donc jusqu'en 1914.

Entre 1914 et 1945, l'économie locale subit les contrecoups des Guerres Mondiales et de la crise de 1929. Les conséquences majeures furent la restructuration du secteur sucrier, la résurgence puis la disparition du salariat contraint et l'anéantissement des plantations de canne pendant la Seconde Guerre Mondiale.

À partir de la départementalisation, la stratégie économique déployée à La Réunion consista à reconstituer le secteur sucrier et à stimuler sa croissance.

En dépit de certains progrès sociaux, les résultats en termes de développement furent décevants. C'est pourquoi La Réunion continue de présenter toutes les caractéristiques du sous-développement en 1960.

Le présent essai forme la suite de la Contribution à l'histoire économique de l'Ile de La Réunion (1642-1848) et de l'Histoire économique de l'Ile de La Réunion (1849-1881) publiés par l'Harmattan.

B) Cedric Boulland : La canne à sucre comme cause du sous-développement

Publié dans Le Quotidien de La Réunion et de l'océan Indien, 18 / 09/ 08

Quinze ans. C'est ce que l'universitaire Ho Hai Quang vient de consacrer à l'écriture des trois premiers tomes de son Histoire économique de la Réunion pour couvrir la période 1642-1960.

La démarche de ce docteur d'Etat en sciences économiques ? "J'applique les théories économiques pour expliquer l'histoire, décrit Ho Hai Quang. Cela permet de construire une démarche cohérente". Signe qu'il s'agit bien d'un ouvrage rédigé par un économiste et non un historien, le troisième opus de cette Histoire économique de la Réunion démarre en 1882 et s'arrête non en 1946 (date de la départementalisation) mais en 1960.

Après l'esclavage et l'engagisme, place au colonage, cette forme de métayage mise en place par les planteurs et sucriers : pour retenir leurs engagés en fin de contrat, ils leur proposent des lopins de terre en location.

"1946 n'est pas une date fondamentale d'un point de vue économique", commente Ho Hai Quang. 1960, si avec la réforme Pisani qui facilite l'accession à la propriété rurale des exploitants : elle conduit un certain nombre de propriétaires à vendre leurs terres à la SAFER qui les découpe en parcelles pour les revendre à des colons qui deviennent indépendants.

Le colonage provoque une faible demande

D'un tome à l'autre, le statut des travailleurs évolue mais la théorie de Ho Quai Quang reste la même : combiné à l'héritage de l'esclavage, la canne a conduit au "sous-développement" de la Réunion. Esclavagisme, engagisme ou colonage : l'auteur entend démontrer que suite à un phénomène de "reproduction", on observe dans tous les cas un faible pouvoir d'achat et une faible demande. Chez les engagistes, les produits consommés sont importés. Chez les colons, ils sont tirés de leur lopin de subsistance. Tout cela ne profite donc pas à l'économie locale. A cela s'ajoute le choix qui a été fait de tout miser sur la production sucrière. En consacrant la majorité des terres à la canne pour rentabiliser le fonctionnement des usines sucrières et donc en empêchant d'autres cultures (et les industries agro-alimentaires qui vont avec) de se développer, on a fait de l'agriculture réunionnaise une "production monoculture qui est caractéristique du sous-développement, décrit Ho Hai Quang. On retrouve ce type d'économie dans les pays du Sud, ceux qui ont connu l'esclavage".

L'Etat a fait le jeu des sucriers

L'Etat est accusé, lui aussi, d'avoir contribué à perpétuer ce modèle à travers les soutiens apportés à la filière canne, en particulier à partir de 1946. "Le déplacement du centre de décision vers l'Etat central et la création d'une rente départementale n'impulsèrent pas de développement à la Réunion (malgré quelques progrès sociaux) parce que la stratégie économique mise en oeuvre par les pouvoirs publics a correspondu exactement aux intérêts des sucriers et des planteurs. La rente départementale a donc principalement servi à reproduire et renforcer leur position. D'où la persistance du sous-développement", conclut Ho Hai Quang.

Le demi-slècle qui vient de s'écouler a, évidemment, marqué une rupture par rapport à ce modèle. Il faudra néanmoins patienter quelques années encore pour en connaître l'analyse faite par Ho Hai Quang. La boucle sera alors bouclée